Des professionnels racontent
Rencontre avec Anette Bade, instructeur d’astronautes
Anette Bade a choisi très tôt de travailler dans le domaine spatial. Elle a travaillé en Allemagne, puis aux Etats-Unis. Depuis 1999, elle a rejoint l’entreprise EADS Astrium, sur son site de Brême (Allemagne). Elle exerce aujourd’hui son métier au plus près de son rêve puisqu’elle prépare les astronautes à certaines de leurs missions dans la Station spatiale internationale (ISS), en particulier pour tout ce qui concerne Columbus, le laboratoire européen.
Ce que feront les astronautes là-haut, Anette Bade le teste ici bas !
IOONOS : Pouvez-vous nous dire en quoi consiste votre travail ?
Anette Bade : En tant qu’instructeur senior d’astronaute, je m’occupe de développer, de préparer et de mettre en œuvre la formation des équipages et du personnel au sol, en relation avec l’ESA* et le Centre européen des astronautes (EAC) qui se trouvent à Cologne (Allemagne). Pour concevoir l’entraînement des astronautes pour leurs différentes missions, je travaille en étroite collaboration avec divers départements de l’entreprise : des équipes d’ingénierie, d’opérations, d’essais, etc. J’ai aussi en charge de veiller à toutes les procédures, c’est-à-dire de vérifier toutes les instructions que l’on va remettre aux astronautes ou aux contrôleurs de vol pour accomplir une tâche spécifique, comme l’ouverture d'une vanne. Le dernier aspect de mon travail consiste à bien connaître les entraînements mis en place par nos partenaires internationaux. L’idée est d’harmoniser les structures de formation et les contenus avec nos partenaires internationaux.
IOONOS : Qu’est-ce qui vous a amenée à faire ce métier ?
Anette Bade : J’ai toujours travaillé pour l’espace, mes études m’y ont préparée. À l’université technique de Braunschweig, j’ai obtenu un diplôme d’ingénieur en génie mécanique, spécialisée en vols spatiaux habités. J’ai fait une thèse et beaucoup de travaux de recherche en Allemagne. J’ai ensuite travaillé aux Etats-Unis, où j’ai continué mes recherches notamment sur le sujet des débris spatiaux pour la Nasa*. Mais ce qui m’a attirée vers ce que je fais aujourd’hui c’est la perspective de travailler avec des partenaires venus du monde entier et de différentes origines culturelles ; Européens, Américains, Japonais, etc.
IOONOS : Quels sont vos outils de travail ?
Anette Bade : La plupart de mes interventions ont lieu dans des sortes de salles de classe avec des ordinateurs portables et avec l’aide de simulateurs pour s’entraîner aux missions des vols à venir. Je me sers de maquettes et d’outils, les mêmes que ceux dont les astronautes devront se servir pour leurs opérations dans la Station sptaiale internationale (ISS).
IOONOS : Avec qui travaillez-vous?
Anette Bade : Avec des astronautes venus du monde entier bien sûr, avec des ingénieurs de disciplines très variées, avec d’autres instructeurs de tous les horizons et puis avec des contrôleurs au sol, des contrôleurs de vol et des administrateurs de vol de la NASA et de l'ESA*.
IOONOS : Quelles sont les qualités nécessaires pour faire un bon instructeur d’astronaute ?
Anette Bade : En premier lieu, il est fondamental de parler couramment anglais et d’aimer voyager. Ensuite, il faut certaines aptitudes pour comprendre une documentation technique très complexe et en extraire l’essentiel. Le fait d’enseigner à des gens d’horizons très différents demandent aussi des efforts. Du point de vue de la personnalité, je dirais qu’il est nécessaire de faire preuve de souplesse, de résistance et de diplomatie.
IOONOS : Quel défi avez-vous à relever et quel intérêt principal trouvez-vous à votre métier ?
Anette Bade : Concevoir une formation qui répond aux besoins des gens qui sont en face de moi et la mettre sur pied très rapidement est un vrai challenge. Quant à l’intérêt, c’est pour moi une vraie satisfaction d’apprendre aux gens ce qu'ils doivent savoir pour accomplir leur travail et pour éviter les dysfonctionnements ou être en mesure de résoudre les problèmes.
IOONOS : Que diriez-vous des contraintes ?
Anette Bade : Les difficultés ou les contraintes que je rencontre sont liées à la nécessité de travailler dans des délais rapides. Les informations ne sont pas toujours disponibles, ou parfois dépassées. Les gens à qui l’on a besoin de parler sont souvent débordés ou indisponibles. Le plus difficile est de faire face aux changements de dernière minute : si la mission est modifiée au dernier moment, l’entraînement doit aussi l’être ! Il faut savoir s’adapter.
IOONOS : Aujourd’hui, recommanderiez-vous cette profession aux jeunes ?
Anette Bade : Oui, et je leur dirai : faites quelque qui vous passionne, qui par certains aspects vous fascine, ne choississez pas en fonction de ce que font les autres ou de la mode.
IOONOS : L’espace vous fait-il rêver ?
Anette Bade : L'espace est fascinant, car il reste encore beaucoup de choses à découvrir et beaucoup de choses n'ont jamais été faites auparavant.
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