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Des professionnels racontent...

Rencontre avec Christophe Bonnal, Spécialiste des lanceurs

Christophe Bonnal est un homme à part. Spécialiste des lanceurs, il est aussi un expert sur le sujet des débris spatiaux et se passionne pour tout ce qui touche à l’espace.
À l’écouter, on a qu’une envie, se lancer dans une carrière très spatiale.

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CNES

IOONOS : Pouvez-vous nous dire en quoi consiste votre travail ?

Christophe Bonnal : Je travaille au Centre National d’Etudes Spatiales français, à la direction des lanceurs, comme Expert Senior - Système. Comme j’ai maintenant de l’expérience et du recul, j’ai une place un peu particulière. J’ai une fonction d’orientation et de proposition ; je fais par exemple des recommandations pour ne pas rater tel ou tel projet. J’ai aussi une activité de communication vers l’extérieur. Je me rends dans toutes les grandes universités européennes et dans les grandes écoles françaises pour rencontrer les étudiants et leur présenter nos activités. Certains peuvent faire des stages au CNES, ou être recrutés plus tard. Dans le domaine de la communication, je suis aussi référent vis-à-vis des médias sur la thématique des lanceurs et des débris.

IOONOS : Quel a été votre parcours professionnel ?

Christophe Bonnal : Je suis sorti en 1983 d’une école d’ingénieurs, Centrale Lille, et j’ai depuis fait toute ma carrière sur les lanceurs, dans l’industrie ou en agence, à des niveaux différents de la vie d’un lanceur – de l’avant-projet aux essais.

IOONOS : Racontez-nous vos premières expériences.

Christophe Bonnal : J’ai débuté en 1984 pour Aérospatiale (devenue depuis EADS Astrium), au départ sur Ariane IV. Au bout de 3 ans, je suis passé au Département des avant-projets, toujours dans la même entreprise. Alors là, c’était très exploratoire : il fallait imaginer ce que seraient les lanceurs futurs, les lanceurs réutilisables, et rêver à ce qui semblait encore un drôle d’engin, l’ATV *, développé pour l’ESA, et dont j’étais chef de projet. Tout cela me semblait très théorique, aussi j’ai souhaité ensuite entrer dans le concret et être au plus près de la réalité d’un développement pour connaître une autre facette de ce métier. J’ai donc participé au développement d’Ariane V dans l’équipe Architecte industriel, pour m’intéresser aux trajectoires, aux performances, etc., d’un lanceur déjà programmé et financé et non plus d’un projet très lointain !

IOONOS : À quel moment êtes-vous entré au CNES, l’agence française ?

Christophe Bonnal : En 1992, je suis resté dans l’équipe en charge d’Ariane V, mais cette fois en passant de l’autre côté du programme. Au CNES, je suis devenu le client et non plus le fournisseur. J’étais en charge des essais système, c’est-à-dire de tous les essais qui concernent la globalité du lanceur : chocs, vibrations, aérodynamique… y compris les essais en vols, les lancements de qualification. (À partir de 2 vols réussis on estime qu’un lanceur est prêt, “qualifié”, et on le confie à l’équipe de production). Ariane V étant qualifiée en 1998, je suis revenu à mes premières amours, c’est-à-dire les Avant-projets, que j’ai dirigés pendant huit ans au CNES. Et là mon expérience m’a rendu plus pragmatique. C’est en 2006, que je suis repassé du côté technique comme adjoint à la sous-direction technique, expert système, pour la vision d’ensemble et un côté plus global.

IOONOS : En quoi peuvent consister les avant-projets lanceurs au sein d’une agence ?

Christophe Bonnal : Oh c’est vaste, ça va du court au long terme : de la plus petite modification d’Ariane V jusqu’à la science-fiction complète. On imagine des lanceurs lunaires ou des lanceurs de nano satellites, on planche sur des lanceurs totalement réutilisables ou totalement consommables. L’idée est de préparer, avec une équipe d’une quinzaine de personnes, des projets crédibles. Pour vous donner un exemple, l’Ariane 5 ECA* est partie d’une séance de travail avec un stock de feuilles blanches. Et c’est un petit dessin d’un Shadock (personnage de dessin animé) qui a tout déclenché. Ensuite, bien sûr, le nombre de contraintes est très important.

IOONOS : À quoi doit-on s’attendre en travaillant dans le domaine spatial ?

Christophe Bonnal : En Europe, l’espace est un petit milieu ; on est environ 5000 à travailler sur les lanceurs et on se connaît presque tous. On baigne complètement dans l’Europe, et depuis longtemps. Chercheurs, inventeurs, industriels, on a fait l’Europe avant la plupart des Traités. Cela signifie que la pratique de l’anglais est indispensable : les entretiens d’embauche et ensuite les réunions de travail sont souvent en anglais. Il faut aussi faire preuve d’une mobilité extrême ; être prêt à changer d’entreprise ou à travailler dans différentes directions et dans différents pays à l’intérieur d’une même entreprise.

IOONOS : Aujourd’hui, quels conseils donneriez-vous aux jeunes intéressés par le secteur spatial ?

Christophe Bonnal : Ne faire ce métier que s’ils sont totalement passionnés ! On est certain de pouvoir leur offrir un boulot passionnant, mais il faut savoir qu’on travaille énormément, pour des salaires pas forcément mirifiques. Pour un jeune tout reste à faire en ce qui concerne l’espace. L’espace au service de l’homme est encore un domaine à inventer. Sur le sujet de l’exploration martienne, il est possible de rêver et de construire aujourd’hui toute une carrière.

IOONOS : L’espace vous fait-il toujours rêver ?

Christophe Bonnal : Je rêve encore de tout, tous les sujets de l’espace me passionnent. L’exploration de la Lune et de Mars, le tourisme spatial, l’utilisation de l’espace pour générer de l’électricité, la protection de la terre contre les astéroïdes, le monitoring des volcans et des tremblements de terre, etc. Il faut continuer à faire des projets et mobiliser des crédits pour l’espace. Il faut se souvenir de la conquête spatiale américaine, le pays vibrait et tous les jeunes en rêvaient…

 
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