A quoi ça sert un satellite ?
Au cœur d’un télescope spatial
Interview de Norbert Pailer
Pour comprendre les défis que doit relever Herschel, Ioonos a demandé à Norbert Pailer, un astrophysicien travaillant pour EADS Astrium, comment se conçoit un tel objet. Avec Herschel, ce grand enfant rêve d’approcher les comètes.
Comment fabrique-t-on un télescope destiné à être mis en orbite ?
Le but d’un télescope est de capter la lumière. Nous devons donc avoir un diamètre le plus large possible pour le miroir du télescope car c’est lui qui permet de l’« attraper ». En plus, avoir un miroir de grande envergure permet de renforcer la structure de l’ensemble. Mais voici le problème : comme nous travaillons sur des applications spatiales, nous livrons toujours un véritable combat contre le poids. Chaque kilo coûte de l’argent ! Il faut prendre également en compte, lors de la fabrication, la prise rapide de chaleur par le satellite lorsqu’il est exposé au rayonnement solaire. Le différentiel de température peut être fatal aux instruments d’optique : ainsi, entre le décollage et le premier contact avec l’espace, le télescope doit être hermétiquement enclos dans un compartiment étanche et refroidi à la température de l’espace. Mais pour prévenir les accidents toujours possibles, il nous faut doubler tous les instruments-clefs du télescope.
Quelles sont les principales différences entre un télescope terrestre et un télescope spatial ?
Les bases du fonctionnement sont les mêmes. Mais un télescope spatial doit remplir un nombre supérieur de contraintes. Je ne reviens pas sur le poids et la contrainte thermique. Nous devons également le doter de tout l’appareillage communicationnel nous permettant de le commander à distance, ce que nous appelons la télémétrie, le prémunir de toute poussière pendant le décollage. Ajoutons qu’en plus de devoir supporter les contraintes du décollage, le milieu spatial hostile, les télescopes spatiaux doivent toujours conserver la même précision. Ils doivent être d’une grande stabilité et cela sachant qu’ils ont été testés sur le sol en environnement gravitationnel alors qu’ils fonctionneront en état d’impesanteur là-haut. Enfin, ils doivent être équipés de toute une gamme d’instruments permettant de percevoir le spectre électromagnétique (rayons X, infrarouges) que l’atmosphère terrestre filtre naturellement quand nous sommes sur Terre.
Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans l’incroyable projet Heschel ?
Techniquement, il s’agit indéniablement d’une prouesse. Le télescope lui-même et tous les instruments, pour ne pas être « éblouis » par les rayonnements thermiques, devront être refroidis tout au long de la vie du satellite à une température de -271 degrés Celsius, à deux degrés Celsius seulement du zéro absolu, qui est théoriquement la plus basse température possible. D’un point de vue plus astronomique maintenant, il me faut vous dire que non seulement il fait froid dans l’espace, mais que les objets se situant entre les étoiles sont également très froids. Cela signifie qu’ils émettent dans une zone du spectre électromagnétique caractérisé par des longueurs d’onde importantes. Par conséquent, tout l’équipement du satellite doit être aussi froid que les objets qui nous intéressent. Autrement, vous ne pourriez pas observer ces objets parce que les radiations que vous produiriez seraient plus fortes que celles émises par ces objets. En un mot, nous serions aveugles. Or, il est très intéressant de pouvoir regarder ces objets car ils nous apprendront comment se forment les étoiles, un phénomène qui se cache souvent dans des nuages de poussières froids. Nous pourrons également observer des nuages de poussières interplanétaires et des comètes. Les comètes sont mes préférées car elles sont toujours surprenantes.
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